Dans le Mississippi du début des années 60, la ségrégation raciale est la règle. Noirs et blancs vivent parallèlement : quartiers, écoles, hôpitaux... Les premiers sont souvent au service (et à la merci) des seconds : ouvriers dans les plantations, domestiques... Chacun reste à sa place.
Aibileen, la cinquantaine, est au service de Miss Leefolt et de sa famille. Elle a derrière elle toute une vie au service de familles blanches. Elle s'occupe des tâches ménagères mais également des enfants. Chez les Leefolt, elle prend soin de Mae Mobley, surnommée affectueusement Baby Girl, une petite fille qui trouve plus d'amour auprès de la bonne que de sa propre mère. Aibileen sait ce que ses employeurs attendent d'elle comme de toute domestique : être invisible, obéissante et ne jamais rien revendiquer. Son amie, Minny, est une bonne cuisinière (un bon point) mais une "grande gueule" (un très mauvais point). Elle travaille chez Miss Walters, une vieille femme atteinte de surdité. Cette surdité lui évite un renvoi sur le champ pour les propos qu'elle tient. Sa situation change lorsque Miss Hilly, la fille de Miss Walters, décide de placer sa mère en maison de retraite. Personne ne veut employer une domestique aussi peu docile que Minny.
Face à elles, il y a leurs employeurs, la bonne société de Jackson, capitale de l'Etat. La majorité est conservatrice : bons mariages, enfants, domestiques noires, maintien de la ségrégation... Les femmes ne travaillent pas et passent leur temps de façon oisive : se réunir pour le bridge, organiser des soirées mondaines... Mais déjà, le vent du changement souffle (doucement, très doucement). Ainsi Miss Skeeter, fraîchement diplômée de l'université, veut changer le monde. Bien que fille d'un propriétaire d'une plantation de coton, elle ne veut plus de la ségrégation. Alors que sa mère souhaite à tout prix qu'elle trouve chaussure à son pied, elle se lance dans un projet sans précédent : réaliser un livre sur les domestiques. Pour cela, elle prend des risques et en fait prendre aux domestiques qu'elle interroge car dans cette Amérique sudiste, les blancs et les noirs ne doivent pas se côtoyer.
"La couleur des sentiments" est un roman polyphonique qui, à travers l'histoire de trois femmes, montre ce que pouvait être la vie dans un Etat sudiste juste avant que le mouvement pour les droits civiques ne prenne de l'ampleur. Dès le début du roman, on est à Jackson. L'écriture reflète les différents parlers des personnages, avec notamment une retranscription de l'accent des domestiques. Les personnages principaux sont donc intéressants, les personnages secondaires le sont tout autant et contribuent à nous donner une image de cette société. Il y a Miss Hilly, une vraie "peste", partisane sans concession de la ségrégation. Il y a Celia Foote : issue d'une famille pauvre, elle a épousé l'ancien petit ami de Miss Hilly qui l'a ostracisée et trouve du réconfort auprès de sa bonne. Quant à Miss Leefolt, elle apparaît comme une suiveuse et approuve tous les dires de Miss Hilly. La société de Jackson était donc divisée selon la couleur de la peau mais à l'intérieur de la bonne société blanche, la solidarité n'était présente qu'à condition de suivre le courant dominant. Bref, un roman qui révèle une société plus complexe qu'imaginée.
"La couleur des sentiments" est donc un roman captivant, avec ses moments de tendresse, d'humour (ah, l'histoire des toilettes dans le jardin !), de tristesse. Les quelques 500 pages s'avalent vite.
Beau coup d'essai pour Kathryn Stockett : ce roman est en effet le premier roman de cette Américaine de quarante ans originaire de Jackson (Mississippi).
Ed. Jacqueline Chambon - 2010

Je veux le lire, je l'ai déjà noté!!!!
RépondreSupprimerun fort bon roman, oui :)
RépondreSupprimerPlus de deux mois que je l'ai repéré, il m'a échappé dans les partenariats...
RépondreSupprimerJe suis tout à fait d'accord avec ton billet :) Et maintenant, je sais que je surveillerai cette auteure en espérant qu'elle continuera à nous enchanter !!
RépondreSupprimerJ'ai adoré ce roman et j'ai mis un lien vers votre blog car j'ai apprécié votre critique
RépondreSupprimerAmicalement Luocine
http://luocine.over-blog.com/
@ Elisabeth : Merci de votre visite. C'est aussi l'occasion pour moi de découvrir votre blog.
RépondreSupprimerOui, c'est vraiment une lecture très agréable! Passages très réussis d'un point de vue à l'autre, c'est juste et émouvant!
RépondreSupprimer